Lettre ouverte aux militants autiste francophones : la fierté autiste ne doit pas être écrite en braille abrégé
Chers militants autistes francophones.
Aujourd'hui, c'est le 18 juin, la journée de la fierté autistique. Vous pensez sûrement que je vous écrit pour vous souhaiter une belle journée, à vous et à tous vos proches autistes comme d'autres créateurs de contenus autistes.
Vous vous trompez. Certes, je suis fière d'être neurodivergente et je souhaite sincèrement fêter un jour le 18 juin. Cependant, à chaque journée de la fierté, j'ai un sentiment prononcé d'un énorme gâchis.
Vous faites quelques postes sur les réseaux sociaux ou sur internet, vous vous félicitez d'une meilleure compréhension de la neurodiversité et vous vous prommettez de continuer la lute.
Mais de quelle lute parlez-vous exactement ? De l'urgence de faire comprendre aux gens la nécessité de changer la couleur des pancartes de sensibilisation du mois de l'autisme ? Les longs débats sur le thème : Faut-il dire troubles du spectre autistique sans déficience intellectuelle ou syndrome d'Asperger comme si c'était une question de vie ou de mort ? Toutes ses discussions sont légitimes si la pluralité des opinions est respectée et que le mouvement ne se déconnecte pas de la réalité. Malheureusement, le militantisme autiste en francophonie est en crise et s'est replié sur lui-même, les débats devenant obsessionnels, agressifs et déconnecté de la réalité du terrain.
Pendant que les râleurs du club de scrabble comme je vous appelle se querellent pour des broutilles, des milliers de personnes aveugles neuroatypiques subissent un sous-diagnostic majeur dans l'indifférence général comme ce fut le cas de Juliette Lepage, refusée du centre de ressource autisme de son département parce qu'elle était aveugle, qui n'a pas été soutenue comme il se doit par les défenseurs des droits des neurodivergents et à l'instar de ce qui s'est passé pour moi. Hélas, vous, les activistes autistes francophones ne vous intéressez pas aux vécus des personnes autistes avec un profil complexe. De plus, on voit toujours les mêmes personnes, les mêmes perspectives, les mêmes idées et la pluralité des opinion n'est pas encouragée.
Par conséquent, chers militants, je vous souhaite une joyeuse journée de la honte autistique. Je suis fière de mon autisme, de mes neurodivergences mais j'ai honte des tabous que vous avez imposé, du climat idéologique que vous avez créé, de l'autisme instagrammable que vous avez construit au détriment des personnes autistes minoritaires. J'ai honte du fait que la communauté autiste n'est rien d'autre qu'un mirage et de l'égout intellectuel et idéologique dans lequel on se trouve.
Je vous enjoints à porter plus d'attention à l'expérience des personnes neurodivergentes minoritaires(réfugiées, vivant avec des handicaps moteurs et sensoriels, en situation complexe...) ainsi qu'à la parole des jeunes neuroatypiques. Vous pouvez faire des appels à témoignages ou des actions de solidarité par exemple.
Ensemble, faisons en sorte que la fierté autistique ne soit plus jamais écrite en braille abrégé.
Je suis à votre disposition pour toutes questions ou suggestions d'actions.
Avec tout mon respect,
Asmin.
Ps : voici un poème que j'ai écrit à l'occasion d'aujourd'hui.
Titre : J'aurais aimé que tu sois belle.
J'aurais aimé que tu sois belle comme en ce beau matin de mai où je t'ai vu sur le parapet du pont de ma vie.
Tes cheveux de feu brillaient des flammes de l'espoir.
J'aurais aimé que tu sois entière et non racontée par bribe, de manière incomplète comme de vieilles légendes d'un peuple oublié.
Je vois le militant ordinaire te tordre comme le ferait le populiste en quête des voix d'une nation ignorante.
J'aurais aimé que tu m'apparaissent dans ta robe de vérité, sur le cheval blanc de la justice, pour rétablir l'union.
Oh fierté autiste ! j'aurais aimé que tu sois là pour dire que l'autisme ne dois pas être un sujet de discorde.
J'aimerais te voir sur ton char céleste, voler vers la terre pour souhaiter l'avènement de la justice.
Tu aurais mise en déroute les furies de la discorde, ils se seraient évaporés sur leur montures noir corbeau.
J'aurais aimé voir un 18 juin où la fierté autiste ne serait pas écrite en braille abrégé.
À vous, semeurs de division, joyeux 18 juin, journée de honte.
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